Portrait entrepreneur opticien Nantes

J’ai eu la chance de tomber sur une formation qui m’a passionné

Petit, j’étais curieux, je m’intéressais à tout ! En cours, j’avais besoin d’approfondir donc je posais beaucoup de questions ; il m’est arrivé à plusieurs reprises que certains profs me disent que j’en posais trop ou qu’elles sortaient du cadre du programme ! L’école permet aux élèves d’acquérir des bases essentielles mais je trouve dommage que les parcours soient très orientés et qu’on attache autant d’importance aux notes. Je pense qu’il faut davantage mettre en avant la créativité et les capacités de chacun, afin que chaque élève puisse s’épanouir vers le métier ou l’activité qu’il aime.

Jusqu’à mes 19 ans, je ne savais pas ce que je voulais faire, ni ce qui me plaisait vraiment. Etant bon dans les matières scientifiques, j’ai poursuivi sur ce chemin en intégrant la Faculté des sciences mais le côté trop scolaire m’irritait et j’ai vite compris que faire de longues études ne m’épanouirait pas. J’ai profité de cette première année de fac pour chercher une autre formation plus courte et j’ai découvert le BTS Opticien Lunetier qui m’a semblé être plus concret avec à la fois une dimension scientifique, commerciale et esthétique. J’ai eu une énorme chance d’être tombé sur une formation qui m’a passionné, mais je n’ai pas du tout été accompagné dans cette démarche. Je pense qu’il y a énormément de personnes qui pourraient être des excellents artisans, sportifs, ou artistes, mais qui ne le sont pas car ils ont dû suivre le parcours le plus mis en avant : la filière générale.

J’ai donc commencé un BTS en alternance l’année qui a suivi car je voulais appliquer immédiatement ce que j’apprenais en cours, puis j’ai continué avec une année de licence en optométrie et contactologie. J’ai travaillé les cinq années suivantes en tant qu’opticien puis responsable de deux boutiques dans des grandes enseignes. En magasin, j’avais l’impression de passer mon temps à vendre plus qu’à m’occuper de la partie conseil ou technique.

On a réfléchi à un concept qui pouvait moderniser le monde de l’optique

Avec Antoine, qui est un ancien collègue, on parlait souvent de ce qui pouvait être amélioré dans notre métier et on avait tous les deux envie d’entreprendre. A nous deux, on avait connu plus de 9 boutiques différentes, et on faisait toujours le même constat : on ne façonnait pas nous-mêmes les lunettes, on ne pouvait pas prendre le temps que l’on souhaitait pour s’occuper des clients, et l’organisation n’était pas optimale car à certains moments la boutique était vide et à d’autres on avait 10 clients à gérer.

Portrait entrepreneur opticien Nantes

Antoine et Quentin

On a donc réfléchi à un concept qui pouvait moderniser le monde de l’optique. Après différentes idées on s’est arrêté sur un concept d’opticien sur rendez-vous. L’idée est de s’adapter au mode de vie actuel ; les actifs préfèrent profiter de leur week-end et ne pas courir le soir après le travail pour arriver juste avant la fermeture du magasin ! On a donc créé Lunettes au Logis en novembre 2015. On se déplace de Nantes à Cholet, au domicile ou au travail de nos clients, mais ils peuvent aussi venir directement à notre atelier sur rendez-vous du lundi au samedi, avec une amplitude horaire allant de 7h à 22h.

Travailler sur rendez-vous nous permet d’être complètement disponible pour le client

Les clients nous contactent par téléphone ou par mail pour fixer un rendez-vous. Les délais sont assez rapides, généralement nous rencontrons la personne dans la semaine sur un créneau d’une heure à une heure et demi afin de trouver la bonne paire de lunettes et de faire le devis avec tous les critères nécessaires pour les verres. Puis nous fixons à nouveau un rendez-vous pour la remise des lunettes qui se fait environ une semaine plus tard. Il est également possible de faire des modèles sur-mesure où le client choisit la forme, la couleur, les motifs, avec des dimensions parfaitement adaptées !

Nos prix sont identiques à ceux des enseignes classiques, en revanche nous ne travaillons pas avec les mêmes marques. En boutique traditionnelle, certaines lunettes ont un prix un peu trop élevé pour la qualité proposée, c’est notamment vrai pour toutes les marques et griffes de luxe dont ce n’est pas le cœur de métier. Elles font fabriquer leurs lunettes en grande série par des usines qui travaillent elles-mêmes pour différentes marques. Nous avons donc pris le parti de ne travailler qu’avec des lunetiers, c’est-à-dire des personnes dont c’est le savoir-faire premier, et nos prix varient de 59€ à 300€. Nous avons plus de 400 modèles, principalement issus de la fabrication française.

Travailler sur rendez-vous nous permet d’être complètement disponible pour le client et de pouvoir lui proposer la solution qui correspond parfaitement à son besoin tant au niveau technique qu’esthétique. On veut donner le sentiment à nos clients d’avoir un opticien privé, et nous avons à ce jour 100% de clients satisfaits !

Je prends deux fois plus de plaisir à travailler 

Depuis que l’on a créé Lunettes au Logis, nous avons une manière de travailler qui est très différente de ce que l’on a connu auparavant ! On prend beaucoup plus de plaisir, et surtout c’est agréable de pourvoir s’investir et de maîtriser chaque élément du concept : du choix des collections au conseil du client, en passant par la communication. C’est un concept qui nous ressemble ; c’est à la fois très professionnel car on veut un service irréprochable pour nos clients et on veut proposer des produits de qualité, mais ça a aussi un côté fun, les rendez-vous sont plus informels, on est souvent en tenue décontractée, et généralement on a davantage tendance à finir plus tard le soir que de commencer tôt le matin !

On a mis quasiment un an à se lancer, le temps de bien préciser le concept, de créer un prévisionnel vraiment sérieux, de négocier notre fin de contrat avec nos propres patrons et d’aller voir les banques. On a mis nos épargnes dans ce projet, et depuis le lancement on ne se verse pas de gros salaires, donc financièrement c’est évident qu’on a fait des sacrifices ! Quand je repense à ma vie de salarié, je gagnais plus en travaillant moins et j’avais aussi moins de pression. Mais toutes ces contrariétés s’effacent vite car même si je travaille plus, pour moi ça n’est pas contraignant, je prends deux fois plus de plaisir à travailler ! Je ne vais jamais au travail à reculons !

Si demain ça s’arrête, ça resterait malgré tout une expérience très bénéfique. On a énormément appris ; notre réseau s’est fortement élargi, et nous avons gagné en savoir-faire et en assurance. L’entrepreneuriat est une formation hyper accélérée ! Même si ça ne devait pas aller plus loin, c’est déjà un succès pour moi ! En revanche, je pense que nous aurions quelques difficultés à retourner vendre des lunettes en boutique classique après cette aventure où les conditions de travail sont si agréables !

Nous avons tout le temps de nouvelles idées 

Selon moi, l’idéal est de s’épanouir et de prendre du plaisir au travail tout en gagnant sa vie. Malheureusement, ça n’est pas le cas pour beaucoup de personnes ; certaines y vont à  reculons ou font des métiers très épuisants. Donc si on a l’occasion, il faut foncer !

Portrait entrepreneur opticien NantesAvec Antoine, nous avons tout le temps de nouvelles idées !  On a vu que notre première idée marchait, alors pourquoi ne pas en développer d’autres surtout que l’optique est un domaine qui ne se modernise pas beaucoup si l’on compare avec tout ce qui s’est fait ces dernières années dans l’hôtellerie, la restauration ou encore le transport ! Bien sûr il faut le temps et le budget, mais pourquoi pas ouvrir d’autres Lunettes au Logis sur le territoire dans les années à venir. D’une part notre activité est rentable mais en plus, on pense que tous les opticiens ont à y gagner en travaillant de cette manière. Ce mode de travail optimisé fait que même si on fait bien plus d’heures qu’avant, paradoxalement on n’a jamais eu autant de moments libres ! Si je n’ai pas de clients et que j’ai fini mes dossiers, je suis en temps libre ! Notre emploi du temps s’adapte à nos rendez-vous ce qui fait qu’on n’attend jamais, alors qu’une boutique doit être ouverte de 10h à 19h avec, forcément, des moments où il ne se passe pas grand-chose.

Je n’ai pas de regrets aujourd’hui parce que je pense être allé au bout de tout ce que j’ai eu envie de faire jusqu’à présent, mais je n’ai que 29 ans, j’ai encore plein de choses à faire ! J’aurais quand même aimé vivre quelques temps à l’étranger, peut-être que j’aurais l’occasion de m’expatrier dans les années à venir !