Matthieu Cojob Nantes emploi

Il ne faut que le système scolaire se limite à la transmission de savoirs

Petit je voulais être footballeur pro comme les trois-quarts des garçons, mais ensuite ça a toujours été flou. J’étais bon élève donc dans l’ensemble j’ai apprécié mes années d’études. Selon moi, l’école sert principalement à se sociabiliser et à structurer un quotidien. Aujourd’hui quand tu vas à l’école, le but est d’avoir des bonnes notes partout ; on ne nous incite pas à développer les activités qui nous intéressent naturellement et pour lesquelles on est talentueux. Pour moi, il ne faut pas que le système scolaire se limite à la transmission de savoirs ; il doit considérer l’enfant comme libre avec sa propre personnalité et ses propres choix. Je m’intéresse beaucoup aux nouvelles formes d’éducation dites alternatives comme l’Ecole Dynamique que je trouve très inspirante : les enfants ne sont pas divisés en classes d’âge, ne restent pas assis la majorité du temps, apprennent à lire quand ils le souhaitent, peuvent bricoler, cuisiner…

J’étais bon dans toutes les matières et la problématique des gens bons partout est qu’il faut faire des choix étant donné que toutes les possibilités sont envisageables. Une fois le bac en poche, deux domaines sortaient du lot : les sciences et le sport. Les sciences m’intéressaient beaucoup mais je n’ai pas osé aller vers cette filière car j’avais une force invisible qui me tirait vers les études en STAPS. J’ai choisi l’option management du sport car elle permettait davantage de possibilités, puis en Master je me suis orienté vers le management de l’innovation parce que le côté créatif m’attirait et l’entrepreneuriat ouvrait un champs très large d’hypothèses pour la fin de mes études.

J’ai retrouvé des valeurs dans lesquelles je me reconnaissais

J’ai fait ma dernière année en alternance chez Limousin Actif qui propose des garanties bancaires aux porteurs de projet pour leur faciliter l’accès aux crédits bancaires. Je m’occupais du suivi post-création des personnes accompagnées. Au cours de cette alternance, j’ai senti que je manquais parfois de légitimité pour conseiller les entrepreneurs tout simplement parce que je n’avais moi-même jamais créé d’entreprise. Grâce à mes collègues, j’ai pu découvrir le monde de l’économie sociale et solidaire, et j’ai retrouvé des valeurs dans lesquelles je me reconnaissais. Je me suis dit : « Je vais essayer de monter quelque chose dans le social » et un jour, en surfant sur internet, je découvre un concept qui m’a tout de suite parlé : Cojob.

Réinventer la recherche d’emploi

Cojob nantes recherche d'emploiCojob est une association parisienne créée en 2014 par deux nantaises, Clémentine et Marie, et qui vient en aide aux personnes en recherche d’emploi. Je me suis vraiment reconnu dans leur discours jeune, dynamique et innovant, et je les ai contactées pour leur proposer d’ouvrir une antenne à Nantes. On a fait le choix de créer une association distincte de celle de Paris mais affiliée : on a le même nom, la même identité, on porte les mêmes valeurs, mais je suis quand même assez libre, je peux créer mes propres outils et j’ai mon propre fonctionnement.

Concrètement Cojob a pour mission de réinventer la recherche d’emploi en la rendant collective, positive et bienveillante. La période de recherche d’emploi est souvent perçue comme dévalorisante parce qu’on n’a pas de statut dans la société. Cette période étant de plus en plus longue, on peut vite perdre sa motivation et sa confiance en soi. Notre but est de rompre avec l’isolement, de retrouver de la confiance, du dynamisme et de valoriser cette période de recherche d’emploi.

Co-searching et bénévolat de compétences

Nous avons deux dispositifs : la promo et la plateforme web. La promo n’existe qu’à Nantes et à Paris et consiste à réunir pendant deux semaines un groupe de personnes en recherche d’emploi d’un niveau Bac+3 minimum. On leur permet d’avoir un cadre, un soutien et du réseau. Finalement, les personnes ont le sentiment d’avoir à nouveau un rythme de travail puisqu’elles retrouvent avec Cojob un lieu, des horaires, un emploi du temps, une équipe et des missions. La matinée est consacrée à la recherche d’emploi individuelle et collective et aux ateliers, et l’après-midi à du bénévolat de compétences pour des joboosters.

La vision de Cojob est de ne pas uniquement rechercher un travail durant cette période, c’est important de se déconnecter en faisant des activités qu’on aime mais aussi en boostant ses compétences pour retrouver confiance en ses capacités. On met donc en relation les jobeurs (personnes en recherche d’emploi) avec les joboosters (entrepreneurs ou associations) qui proposent des missions individuelles ou collectives sur du court-terme. Ces missions permettent aux jobeurs de travailler sur du concret, de se faire du réseau, de travailler en équipe, d’apprendre de nouvelles choses, et de valoriser cette expérience sur son CV. On a voulu l’accès à ce service abordable pour tous, ainsi pour participer à ce programme de 2 semaines, le jobeur débourse 20€.

Plateforme cojob recherche d'emploi

La plateforme cojob.fr

Il y a une semaine de battement entre chaque promo où le local se transforme en espace de co-searching ouvert à tous les chercheurs d’emploi adhérents de l’association. Cojob dispose également d’une plateforme web qui permet à tous les chercheurs d’emploi de France de s’approprier le concept de la recherche d’emploi collective. Chacun va pouvoir organiser dans sa ville, de manière autonome, des groupes de chercheurs d’emploi qui vont se retrouver à domicile ou dans des cafés. L’idée est vraiment de créer du lien entre des personnes ayant le même statut.

J’ai dupliqué un concept qui existait déjà et qui marchait

Pour créer l’antenne Nantaise, j’ai dupliqué un concept qui existait déjà et qui marchait. D’ailleurs, c’est ce que je conseille aux gens qui veulent entreprendre mais qui n’ont pas forcément d’idée. Il a fallu trouver principalement des financements, un lieu, et une communauté. Je suis donc allé rencontrer toutes les personnes qui pouvaient être intéressées par le service de Cojob ; les structures d’accompagnement vers l’emploi, les associations, les collectivités, les structures en lien avec l’entrepreneuriat social, les personnes en recherche d’emploi. Aujourd’hui, je suis salarié de l’association et j’ai un rôle de coordination. Je vais, à la fois, gérer les promos, chercher des intervenants et les joboosters, mais je réponds aussi aux appels d’offres, et je communique sur cette nouvelle vision de la recherche d’emploi.

Promo cojob Nantes recherche d'emploi

Une promo Cojob Nantes

Le travail que je fais à Cojob Nantes me donne le sentiment d’apporter une plus-value à la société. J’ai compris que, dans l’action, on pouvait faire ce qu’on voulait. On peut avancer vers un monde meilleur, en créant des choses à son échelle : si chacun d’entre nous intègre un critère social ou environnemental dans ses projets pro ou perso, on peut changer en profondeur les choses. Tous les changements passent d’abord par un changement de pensée et c’est ce qu’on fait avec Cojob. Il faut voir la recherche d’emploi comme une période positive et bénéfique, et supprimer toute la terminologie actuelle qui résonne de manière négative : chômage, chômeur, demandeur d’emploi.

Préserver ma liberté pour ne pas avoir de regret

Mes parents n’ont pas été surpris de mon choix mais ils étaient assez inquiets. J’ai travaillé pendant un an en tant que bénévole, sans aucune rentrée d’argent, donc forcément ils ont eu du mal à comprendre. On a une vision de la vie totalement différente ; mon objectif n’est pas de passer la majorité de mon temps au travail. Le CDI et les 35 heures ne me font pas du tout rêver ! Contrairement à beaucoup d’entrepreneurs, je ne considère pas Cojob Nantes comme mon bébé, je souhaite continuer à structurer l’association et lorsqu’elle sera autonome, je veux me consacrer à d’autres projets et dans d’autres domaines que l’insertion.

J’ai envie de me rapprocher de plus en plus de la liberté et de la simplicité. La vie idéale que je souhaite avoir dans les années à venir serait d’être à mi-temps dans une association ou en tant que micro-entrepreneur dans le conseil et le reste du temps dans mon jardin ! Je veux préserver ma liberté pour ne pas avoir de regret et j’aimerais pouvoir me dire que j’ai participé à la construction d’un monde meilleur.

Quand tu es enfermé dans une activité, tu as la sécurité, ta zone de confort, une maison, tu es propriétaire, c’est bien mais est-ce que ça te rend heureux ? Il faut parfois faire des choix radicaux pour découvrir de nouvelles choses et aller vers ce que l’on est vraiment.

Réussir sa vie, c’est réussir à dépasser ce que la société attend de toi, tes pensées parasites, et ton égo. Celui qui s’écoute, qui intègre ses émotions et les analyse, va pouvoir faire des choix pertinents et cohérents avec qui il est ; il n’aura pas de regret car il n’aura pas été influencé par l’extérieur.