Louis Brunet photographe reconversion

J’ai toujours entendu dire que si je voulais réussir ma vie il fallait être ingénieur

Mon père était artisan et travaillait énormément, de 8h à 1h du matin. Comme son atelier était collé à notre maison, on le voyait le midi et le soir lors des repas. Il bossait comme un fou pour gagner un salaire qui permettait de nous faire vivre mais sans extra. Pendant longtemps je n’ai eu aucune idée de ce que je voulais faire plus tard mais j’ai toujours entendu dire dans ma famille que si je voulais réussir ma vie il fallait être ingénieur.

J’avais des facilités à l’école mais j’avais un poil dans la main ! Le soir quand il fallait faire ses devoirs, je n’avais qu’une envie c’était justement de ne pas les faire ! Ca ne m’intéressait pas. Les seuls cours qui m’ont vraiment plu sont ceux pour lesquels j’ai eu des bons profs. Maintenant que j’ai deux petites filles, j’ai une toute autre vision de l’école. Hier, si tu n’étais pas bon dans une matière on te forçait à travailler dessus pour réussir à atteindre un niveau correct ; aujourd’hui on commence à avoir une vision différente. Les pays nordiques ont une grosse longueur d’avance sur ce sujet. Il faut arrêter de travailler nos points faibles mais au contraire perfectionner nos points forts. Pour moi le modèle de demain doit motiver l’enfant à aller chercher ses capacités. Il faut l’encourager à faire ce qu’il aime et ce pour quoi il est bon.

A la fin du Bac, j’ai suivi les conseils que l’on m’a donné et j’ai intégré une prépa, puis une école d’ingénieur. Ca m’a plu, je trouvais cela intéressant. A partir de là, ça a été comme une autoroute sans péage ; j’ai fait un stage de fin d’études dans le service R&D de France télécom, je travaillais sur une toute nouvelle technologie qui est aujourd’hui implantée dans les réseaux de tous les opérateurs du monde. Le fait de m’être formé à cette technologie de niche a été un véritable atout car très peu de personnes la maîtrisaient donc je n’avais aucun soucis pour trouver un emploi. En huit ans, j’ai travaillé chez tous les opérateurs téléphoniques historiques français et quelques étrangers, j’ai vécu à Paris, puis en Belgique, en Irlande, et en Allemagne.

C’était une expérience géniale ! J’ai adoré le fait de vivre à l’étranger ; chaque jour j’avais de nouveaux challenges ! Cet environnement me manque beaucoup aujourd’hui, en revanche au niveau du boulot, bien que ça ait été intéressant techniquement parlant, il y avait des aspects qui me dérangeaient. On nous imposait du travail vite fait mal fait ; la qualité importait peu, ce qu’il fallait c’était faire de l’argent. Cette mentalité que l’on retrouve dans beaucoup de grosses boîtes me gênait énormément.

Frustré, j’ai voulu m’intéresser à la photographie

En 2010 je me suis marié et j’ai fait l’erreur de ne pas prendre de photographe pour mon mariage. On a eu quelques photos prises par des proches, mais pas de bonne qualité. Frustré de ne pas avoir de belles photos, j’ai voulu m’intéresser à la photographie. Pendant 6 mois, j’ai essayé de faire des photos avec le réflex que m’avait prêté mon père et comme beaucoup de personnes, je n’utilisais qu’un bouton sur la dizaine que comporte un appareil. Et un Louis Brunet Photographe reconversion entrepreneuriatjour, par erreur, je tourne une molette et je me rends compte que le résultat est complètement différent. A ce moment-là je comprends le pouvoir de la créativité que permet cet appareil ; on peut complètement changer le rendu final d’une image. Je m’essaie à faire plein photos différentes et j’apprends seul les réglages, mais je ne trouve aucun sens à ce que je fais. J’essaie de faire des images ; du portrait, du paysage, de l’architecture, mais ça ne me touche pas. Un jour, je fais une sortie photo et j’arrive à capturer une connexion entre deux personnes dans une image. Cette photo me touche et je me dis que c’est ça que j’ai envie de faire ; j’ai envie de montrer des connexions entre les gens.

Rapidement j’ai compris que là où j’allais pouvoir trouver des connexions était dans des moments forts, et j’ai tout de suite pensé aux mariages. Je me suis surtout formé en regardant des vidéos sur Youtube, pour moi apprendre ce n’est pas en restant assis sur une chaise à écouter quelqu’un, il fallait que je manipule, que je fasse moi-même, que je fasse des erreurs aussi pour arriver à comprendre comment ça fonctionnait. J’ai donc pratiqué énormément et j’ai créé mon entreprise fin 2011, en parallèle de mon travail. A ce moment-là je ne pensais pas un jour en faire mon métier, j’ai créé la structure pour que tout soit dans les dans les clous juridiquement lors de mes prestations de services.

La rencontre d’une photographe espagnole qui a tout changé

J’ai commencé en intervenant sur les mariages de mon cercle personnel, puis les étés 2013 et 2014, j’en ai fait de plus en plus. Je faisais entre 70 et 80 heures de travail par semaine entre les mariages les week-ends et mon boulot d’ingénieur. En 2014, lors d’un événement du monde de la photo, j’ai fait la connaissance de Rocio Vega, une photographe espagnole. Une rencontre qui a changé toute la perception de mon travail ! Je suis parti faire un mariage en Espagne avec elle, et elle a été très franche et n’a pas hésité à me dire ce qui n’allait pas dans mon travail. Elle m’a clairement dit que si je voulais être bon il fallait que je travaille différemment. Je suis rentré en France en me disant que j’allais aborder l’année 2015 autrement, en repartant de zéro.

Louis Brunet Photographe reconversion entrepreneuriatJe me suis rendu compte que je n’avais pas la bonne approche. Auparavant, je prenais des photos sans savoir pourquoi je les faisais, et je pense que c’est le cas d’un bon nombre de photographes aujourd’hui. Avec les réseaux sociaux, j’ai eu l’impression d’être beaucoup trop influencé par le travail des autres, j’ai donc décidé d’avoir une période sans inspiration ces deux dernières années. J’ai très peu regardé le travail des autres pour arriver à savoir qui je suis, ce que j’aime faire et pourquoi je le fais. Ça a été très bénéfique pour arriver à ce qui me ressemble vraiment. La photo ça n’est pas juste de faire des images. Aujourd’hui quand je photographie, chaque image est pensée, voulue et faite de telle sorte que je fasse passer un message, que je raconte une histoire. Je passe plus de temps à ma prise de vue, à avoir la bonne composition et à attendre le moment ultime. Je ne veux pas être un photographe conventionnel qui prend un gros plan de la main au moment de passer la bague, ça ne m’intéresse pas. Je veux des images très fortes et intenses en émotion.

Ça a complètement changé ma façon de travailler ; j’ai vraiment envie d’en savoir plus sur les couples que je rencontre, j’ai besoin de les connaître pour pouvoir raconter leur histoire. J’ai notamment eu l’occasion de faire les photos de mariage d’un couple allemand, et au cours d’une confidence je comprends qu’un des invités a un cancer en état avancé et qu’il n’en a plus que pour quelques mois. Dans ma tête, en plus de toutes les autres images que je dois faire, je me dis qu’il faut absolument que je fasse une superbe photo de cet homme-là. Le mariage passe et en décembre dernier, la mariée m’appelle pour me dire que l’invité est décédé et que les trois photos que j’ai faites de lui sont celles qui ont le plus de valeur à ses yeux. Cette phrase m’a touché, beaucoup plus que n’importe quel autre compliment qu’on aurait pu me faire.

L’échec est une école qui nous fait avancer

L’année 2015 a également été un tournant ; je suis passé de la double activité d’ingénieur-photographe à uniquement photographe. Lorsque j’ai annoncé cette décision à mon entourage, la majorité d’entre eux m’ont dit : « Tu fais une connerie !  » J’étais déjà papa de deux petites filles et c’est sûr que ça pouvait paraître risqué, la peur de ne pas pouvoir subvenir aux besoins de ma famille était évidemment présente. Mais je ne les ai pas écoutés, je pense malheureusement que beaucoup de personnes ne se lancent pas parce qu’il y a trop de négativité autour d’eux, il ne faut pas écouter les gens qui pensent mieux savoir ce qui est bien pour nous. Et si on se plante, ça n’est pas catastrophique. L’échec c’est une école, ça nous fait avancer.

Louis Brunet Photographe reconversion entrepreneuriatSi je devais recommencer mon parcours, je ferais exactement la même chose ! Je ne regrette pas la première partie de ma vie professionnelle ; j’étais à l’étranger et j’avais un très bon salaire, donc c’était bien mais gagner de l’argent ne suffit pas. La satisfaction de mon travail est plus importante pour moi. Je suis passé d’un métier très cadré où la marge de manœuvre est très faible à un métier où je décide de tout, où la créativité est primordiale et où je peux me donner des challenges tous les jours. Ce métier m’a permis de rencontrer de nombreuses personnes ; j’aime les émotions humaines et je ne pense pas les retrouver dans un autre métier.

Comprendre ce que tu peux apporter à l’autre

Je n’ai aucune idée de comment sera ma vie dans les années à venir, je me concentre pour l’instant sur ce que sera demain. Si je suis sûr d’une chose c’est que je ferai toujours un métier humain, le rapport à l’autre m’est très important.

Pour moi, une vie est réussie si tu as pu donner aux autres tout ce que tu es capable de donner. On ne donne pas en fermant les yeux, mais en ayant réfléchi et en essayant de comprendre ce que l’on peut apporter à l’autre. La société nous rend terriblement égocentrique, mais n’importe qui est capable de donner. Si dans ta vie tu n’arrives pas à sortir de ton carcan, tu ne pourras pas dire que tu es fier de la personne que tu as été.