Jean-David Wedo good entrepreneuriat

Batman et les casques bleus pour modèle

Quand j’étais en primaire je voulais être casque bleu ! Le fait d’être militaire ne me plaisait pas forcément, c’était plutôt le sens et l’impact qu’il y avait derrière qui me parlaient. J’étais très inspiré par Batman, pendant très longtemps d’ailleurs, jusqu’à ce que je me rende compte que finalement il pouvait quand même être assez chiant ! C’est quelqu’un de torturé, de pas très drôle ! Mais j’aimais bien son côté très pragmatique et très efficace dans son action. Il se passe des règles existantes, il va directement aller traiter le problème. Par contre, il lui manque le fait d’être en lien avec les autres, et c’est pourtant essentiel dans la vie !

J’ai vécu pendant 5 ans en Côte d’Ivoire de par le travail de mes parents.  Je pense que ça a beaucoup joué dans mon parcours. J’y ai bien pris conscience des différences de niveau de vie qui pouvaient exister, ces différences entre « riches » et « pauvres » sont très visibles en Afrique, et je pense que j’ai toujours été révolté par ça.

J’ai souvent eu un petit temps de décalage avec ce qui peut se passer autour de moi. Mes amis, pour se moquer de moi, me disaient toujours que j’étais « à la ramasse ». En fait j’étais souvent en décalage avec les sujets d’intérêt ou de discussion du moment, j’étais toujours en train de réfléchir à ce qui allait se passer après, que ça soit dans 10 minutes ou dans 1 an, voire 10 ans ! « Qu’est-ce que je vais faire de ma vie ? » C’est le style de question que je me suis posé très tôt, dès le collège.

L’école nous apprend à penser mais pas assez à être autonome

Peu à peu, je suis arrivé à un stade où je ne savais plus vraiment ce que je voulais faire, il n’y avait rien qui me passionnait. J’étais intéressé par plein de choses, j’étais très curieux mais je n’avais pas de vision très claire. J’ai navigué du collège au lycée, de la prépa à l’école de commerce avec la volonté d’avoir un travail qui ait du sens, qui soit utile mais pas d’idée très précise de ce que je voulais faire.

Pour moi l’école nous apprend à penser. C’est bien, mais à mon sens, on n’apprend pas assez à être autonome. Aujourd’hui l’école est un moule ; tout le monde doit rentrer dans les différentes filières, mais ça reste grosso-modo la même chose, ça manque de flexibilité. Lorsqu’on regarde les modèles du nord, notamment en Finlande, ils ont des bons résultats scolaires alors qu’ils ont un encadrement qui est totalement différent, avec beaucoup plus d’autonomie.

Il y a plein de barrières qui n’ont pas forcément lieu d’être ; on n’est pas obligé d’automatiquement séparer les gens par âge. On peut être très fort en mathématiques beaucoup plus tôt que d’autres, parce que ça nous passionne et nous intéresse, et on pourra revenir sur d’autres sujets plus tard. On devrait aussi être confronté beaucoup plus tôt au monde professionnel et de manière plus pertinente. Un stage d’observation d’une semaine en troisième, ça ne sert pas à grand-chose. Commencer à travailler sur des projets concrets, comprendre qu’on peut faire des choses, qu’on peut, pourquoi pas, créer son entreprise au collège, ça serait une immersion dans la réalité qui serait intéressante. Je pense qu’il y a moyen d’avoir des modèles plus souples sans que ça soit beaucoup plus coûteux. Le problème c’est de changer d’état d’esprit et de prendre le risque avec des méthodes pédagogiques nouvelles donc à prouver.

J’avais envie de faire plus, il me manquait du challenge

À Audencia, mon école de commerce, on avait une année de césure obligatoire avec des stages à faire. J’ai fait mes stages avec toujours cette optique d’avoir du sens dans mon travail, sans trop savoir où j’allais. J’ai commencé par faire du conseil en marketing et développement durable, ça m’a permis de me forger une culture importante en développement durable. Par contre ce qui m’a manqué est le fait de faire, dans le conseil tu donnes des recommandations mais ça n’est pas toi qui décides. Ensuite, j’ai fait un deuxième stage dans une agence de design où j’ai travaillé sur la mise en place d’une politique d’achat responsable et mon dernier stage a été dans une entreprise du domaine des énergies renouvelables. Bien que ça soit plus concret, j’avais encore envie de faire plus, il me manquait du challenge. Quand on est dans une entreprise qui est déjà structurée et organisée, c’est très difficile de lancer de nouveaux projets. Ce qui m’a frustré dans toutes ces expériences c’est de souvent me retrouver à des moments où j’avais fait ce que je devais faire, où j’aurais pu en faire plus mais ça n’aurait pas été utile car inexploité, donc je finissais par m’ennuyer.

Le choix de l’entrepreneuriat avec le financement participatif

Dès mon premier stage, j’ai commencé à me poser la question de l’entrepreneuriat et j’ai décidé de me spécialiser dans l’entrepreneuriat à la fin de cette année de césure. J’ai commencé à réfléchir à différentes idées qui étaient très orientées sur le thème de l’environnement. J’avais pour objectif de me décider sur un projet à la fin de mon cursus. Je classais mes idées et les éliminais au fur et à mesure pour finalement faire le choix de me lancer dans le financement participatif.

Je n’avais pas envie d’entreprendre seul ; j’avais besoin de confronter les idées, d’avancer à plusieurs, j’ai donc d’abord cherché à composer une équipe. J’ai posté des annonces sur internet en disant que je recherchais des personnes qui avaient un profil de développeur, de financier ou juriste. J’ai eu pas mal de contacts et après il y a eu le jeu des rencontres. En général, je n’ai pas de problème pour m’entendre avec les gens donc ça ne me faisait pas trop peur de m’associer avec des personnes que je ne connaissais pas, mon appréhension était plutôt sur le fait de pouvoir travailler efficacement ensemble. J’avais une approche relativement pragmatique, « tu es intéressé par le projet, on en discute, on voit si on a la même vision, et on essaie ». On a donc commencé à travailler ensemble avant de créer l’entreprise.

Aider des entrepreneurs sociaux et environnementaux à se développer

WE DO GOOD a vu le jour fin 2013 avec pour mission d’activer des impacts positifs. Plus concrètement, on propose un nouveau modèle de financement qui permet à des entrepreneurs sociaux et environnementaux de lever des fonds, entre 10.000€ et 100.000€, pour lancer leur projet sans pour autant diluer leur capital grâce aux royalties. Lorsqu’une personne souhaite soutenir un projet, elle donne une somme en échange de laquelle elle reçoit des royalties pendant, en moyenne cinq ans. A chaque fois que l’entreprise fait du chiffre d’affaires, il y a une petite partie qui est reversée aux investisseurs.

Plateforme We do good

J’ai le sentiment qu’avec WE DO GOOD, à force d’itération, de difficultés, nous avons réussi à trouver un modèle qui répond à des besoins, donc qui est utile à des entrepreneurs. On aide à la fois des entrepreneurs à se développer, mais on a également un rôle pédagogique sur l’investissement auprès des personnes qui vont investir car la plupart d’entre elles sont en général des primo-investisseurs. Ça leur permet de faire un placement qui a du sens. Si les personnes ont un peu d’argent en réserve et n’en ont pas besoin spécifiquement aujourd’hui ou demain, elles peuvent le mettre sur un projet qui peut leur rapporter tout en aidant le projet à se développer.

Le fait de ne pas avoir beaucoup d’argent est un facteur d’innovation

equipe-we-do-good entrepreneuriatDepuis la création, nous avons accompagné 18 projets, et pour l’instant un projet s’est arrêté. Aujourd’hui on est une équipe de 8 personnes dont 4 associés. Je dirais que dans l’entreprise je suis le couteau-suisse, je fais de tout ! Je coordonne tous les pôles pour que ça fonctionne bien, et lorsqu’il y a des sujets urgents j’interviens également. J’ai aussi un rôle de synthétiseur d’avis, tous les avis comptent ; celui d’un stagiaire autant que celui d’un salarié ! J’aime prendre le meilleur de chaque idée des membres de l’équipe pour en faire quelque chose de concret et de bien.

Je n’ai pas mis beaucoup d’argent dans ce projet, à vrai dire, j’ai mis tout ce que j’avais, c’est à dire pas beaucoup étant à la sortie de mes études avec quelques restes d’un prêt étudiant ! Ça aurait été mieux de commencer avec une plus grosse enveloppe. Le fait de ne pas avoir d’argent est une contrainte très pesante mais fait que chaque choix est très réfléchi. Je pense qu’être dans cette situation est un facteur d’innovation ; si on avait eu de l’argent je ne suis pas du tout sûr qu’on aurait proposé un nouveau modèle de financement.

J’ai fait des sacrifices, et en même temps c’est quand même un choix gratifiant. J’ai sacrifié un peu de niveau de vie et aussi de disponibilité ; je n’ai pas le même rythme de vie par rapport aux autres, ça m’a amené à moins voir mes amis. C’est assez difficile, il faut réussir à trouver un équilibre. Mais je me considère heureux !

Trouver la manière dont on est le plus utile et où l’on s’épanouie

Selon moi, on travaille d’abord parce que ça nous occupe. Même si le travail que l’on fait n’est pas très intéressant, il donne une utilité à la personne dans la société, psychologiquement c’est très important ! Dans ma vision idéale, on devrait pouvoir faire un travail qui nous correspond car c’est un peu le sens que l’on donne à sa vie ; trouver la manière dont on est le plus utile et où l’on s’épanouie. Le travail prend de l’énergie mais
nous en donne aussi pour aller plus loin !

we-do-good entrepreneuriatIdéalement dans 10 ans, je me vois toujours dans WE DO GOOD, pas forcément en tant que dirigeant, parce que ça n’est pas la même chose de gérer une entreprise en démarrage qu’une entreprise mature. Je serai peut-être moins dans la gestion quotidienne mais plus dans la prospective et l’identification d’opportunités pour lancer des nouveaux projets, c’est quelque chose qui me plairait bien. Mais si WE DO GOOD s’arrête un jour, je me vois bien redevenir salarié pendant un temps avant de relancer très certainement un autre projet d’entreprise.

J’aimerais, plus tard, me dire que j’ai réussi à changer quelque chose dans le monde, que ça soit avec WE DO GOOD ou avec une autre structure. Avoir réussi à améliorer quelque chose de manière durable, je pense notamment à tout ce qui est lié aux énergies renouvelables. Avoir travaillé de manière massive à l’autonomisation de l’habitat, et à l’augmentation de la qualité de vie mais avec une logique de durabilité.

Je ne veux pas me dire que je n’ai pas eu le courage de faire les choix qu’il fallait à un moment donné. Je veux arriver à être la personne que j’aimerais être, et ce n’est pas forcément facile ; il faut trouver cet équilibre de sérénité et de sagesse. Arriver à toujours porter un regard neuf sur le monde et sur les autres. Ne pas être désabusé. Etre  quelqu’un qui va pouvoir apporter quelque chose d’utile.