Christophe Zéro Gachis gaspillage alimentaire

Je voulais vendre quelque chose de grand, pas des choses qui n’ont pas de sens

J’ai aimé l’école parce que je m’amusais bien mais je n’étais pas dans l’idée que ça allait me former à un métier. Je crois que j’ai eu du mal à me poser la question de ce que je voulais faire plus tard. Au lycée je savais que je voulais être dans la vente, alors je me suis orienté vers un Bac STG. Je voulais vendre quelque chose de grand, pas des choses qui n’ont pas de sens, je me suis dit « quel est l’achat important qu’on a dans une vie ? » Et j’ai immédiatement pensé à l’immobilier.

J’ai donc fait un BTS professions immobilières et ça m’a tout de suite beaucoup plu. J’avais envie de bien comprendre le besoin de la personne et de lui trouver le bien qui lui correspond vraiment. Vendre pour vendre et faire ce que toutes les agences faisaient ne m’intéressait pas. En stage, mon patron me donnait énormément de responsabilités. Il m’a poussé hors de ma zone de confort parce que j’avais 17 ans, j’essayais de vendre des biens alors que j’étais novice, je ne connaissais encore rien à l’immobilier. On me parlait de raccordement au tout-à-l’égout, je ne savais même pas ce que c’était !

On ne crée plus assez de passions alors que l’école est un lieu de découverte

Jusqu’à la fin du lycée, je ne trouvais pas les matières enseignées très intéressantes, j’arrivais bien à me débrouiller, mais je ne trouvais pas de cohérence à faire ce qu’on faisait. En BTS, j’ai beaucoup aimé le fait d’avoir des cours appliqués. Comme j’avais des lacunes parfois avec certaines questions des clients, je savais que ce que l’on voyait en cours allait me servir. Tant que tu ne sais pas ce que tu veux faire, l’école sert surtout à t’intégrer au sein d’une communauté et à t’insérer dans un circuit qui doit intellectuellement t’enrichir. Quand l’école est plus appliquée à ce que tu veux faire, c’est-à-dire quand on arrive aux études supérieures, ça permet de nous mettre sur les rails.

Pour moi le système scolaire idéal intégrerait beaucoup plus le monde de l’entreprise et le milieu associatif : engager les jeunes à être citoyen, leur montrer comment ça se passe dans les entreprises, dans les associations, aller voir aussi ce qui se fait à l’étranger. Je pense qu’on ne laisse pas assez le choix aux élèves, on nous pousse à suivre des chemins tracés, classiques, alors que ça n’est pas forcement ce que l’on veut faire. Et si l’on ose sortir des sentiers battus, on nous dit « Oh mais pourtant tu as le niveau pour continuer ». On ne crée pas non plus assez de passions, l’école est un lieu de découverte et je trouve ça dommage de n’enseigner que des maths et du français. On ne comprend pas l’intérêt de certaines matières, et actuellement le but d’une année et de passer à l’année suivante, pas de se construire !

L’idée de partir vers l’entrepreneuriat était de plus en plus présente

Une fois mon BTS en poche, j’avais l’impression d’avoir vu ce que je devais voir dans l’immobilier, et l’idée de partir vers l’entrepreneuriat était de plus en plus présente. J’ai donc intégré l’école de commerce de Brest, ma ville d’origine, et au cours de ma deuxième année, je suis parti à l’étranger pour une année de césure.

 J’ai fait 3 mois en Nouvelle-Zélande avec quelques amis, puis je voulais me confronter seul à la vie à l’étranger. Je suis donc parti aux Etats-Unis pour 3 mois également. J’ai commencé à travailler dans un ranch où j’ai rencontré pas mal d’étrangers avec qui j’ai sympathisé. On a fini par louer une voiture et faire le tour des canyons ! Au même moment, mon frère Paul-Adrien a commencé à travailler sur un projet d’entreprise, lors d’un startup weekend à Brest, avec cette idée de lutter contre le gaspillage alimentaire dans la grande distribution.

Dès qu’il m’a parlé du projet, j’ai tout de suite accroché et voulu y participer. A mon retour, je me suis immédiatement mis dedans. Et Nicolas, un ami qui était en fac d’informatique aux Pays-Bas, a arrêté ses études pour s’y consacrer à temps plein !

Christophe et Paul-Adrien zero-gachis

Christophe et Paul-Adrien

On avait déjà envisagé de créer une entreprise tous les trois auparavant, on avait testé des idées, travaillé sur des modèles, mais on n’était jamais allés jusqu’au bout. Avec du recul, je me rends compte qu’on voulait surtout mener un projet entrepreneurial, mais on n’avait pas d’idée qui nous emballait plus que ça finalement. Avec Zéro-Gâchis, il n’y avait même pas de question à se poser, c’était évident ! On voyait le potentiel que ça pouvait avoir en termes de répercussion, on s’est dit que la grande distribution était présente partout dans le monde, donc c’était une action qui pouvait vraiment apporter pour la planète.

Réduire le gaspillage alimentaire et donner du plaisir au consommateur

Zéro-Gâchis est un moyen de réduire le gaspillage alimentaire dans la grande distribution. On installe des zones physiques dans les magasins où tous les produits qui sont en date limite de consommation sont mis à prix cassés, c’est à dire en moyenne entre -30% et -40%. Les consommateurs peuvent, grâce à notre site internet et notre application, voir quels sont nos magasins partenaires
pour savoir où trouver ce type de promotion. Ils peuvent également savoir dès le matin quels sont les produits du jour qui seront mis en promotion. On réduit le gaspillage et en même temps on donne du plaisir au consommateur qui peut acheter moins cher et aussi découvrir des nouveaux produits qu’il n’achète pas habituellement.

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Petit à petit, en étant au contact du personnel du magasin, on a remarqué qu’il n’y avait pas de process uniforme : les process prenaient beaucoup de temps, ou engendraient pas mal d’erreurs qui pouvaient même amener la grande surface à commander encore davantage, ce qui mécaniquement entraînait encore plus de pertes ! On a donc créé un outil d’étiquetage qui fait gagner énormément de temps au personnel et qui cadre toute la démarche. On a aussi une mission de conseil puisqu’on aide les magasins dans leur gestion des achats pour arriver à une grande distribution plus intelligente avec moins de gaspillage.

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Nicolas et Christophe

On voulait apprendre

Le gros leitmotiv, lorsqu’on a créé Zéro-Gâchis en 2012, était qu’on voulait apprendre. On ne connaissait rien à la grande distribution, pas plus que sur les aspects techniques qui étaient propres à la solution qu’on voulait mettre en place. Nico est un autodidacte fou, il ne s’est jamais mis de frein. Même s’il ne connaissait pas le sujet, il se documentait jour et nuit, il apprenait puis il faisait. Il y a eu des bugs parfois, mais c’est lui qui a tout mis en place sur la partie informatique !

Les moments où on entre dans un schéma plus connu, on sent l’émulation baisser parce que justement on apprend moins, ou à moindre mesure. Paul-Adrien déteste être dans sa zone de confort, il a un temps d’avance qui est assez impressionnant, il a besoin d’avancer continuellement. C’est pour ça qu’on se challenge souvent sur des nouveaux projets, sur des embauches, sur des nouvelles innovations, sur des conquêtes commerciales beaucoup plus importantes, sur un business model qui évolue…C’est comme ça qu’on se réinvente !

zero-gachis anti-gaspiPour ma part, je m’occupe de la partie commerciale ; je supervise l’équipe des commerciaux en faisant en sorte qu’ils
arrivent à maximiser leurs efforts et développent l’action en France. En même temps, je noue et entretiens des relations avec les enseignes au niveau régional et national pour faire en sorte d’avoir beaucoup plus de partenaires.

On a un quatrième associé, Franck, qui s’occupe de la partie administrative et financière, et qui est entré un peu plus tard dans l’entreprise. Pour l’anecdote, on l’a rencontré alors qu’on revenait en co-voiturage d’un gros rendez-vous d’affaires sur Paris !

On se nourrissait de chaque petit succès

On a été très naïfs au début de penser qu’on allait rapidement être présent dans plein d’enseignes. On a l’impression que c’est simple à mettre en place alors que ça demande beaucoup de temps. On pensait qu’on allait être en apnée pendant 3-4 mois et qu’ensuite ça serait plus simple, alors qu’on a mis 3 ans avant que l’on puisse en vivre ! Au début de l’aventure, on est partis sur Paris pour suivre un programme d’accélération, on dormait à Fontainebleau donc on passait énormément de temps sur la route, on finissait pas dormir au bureau ! On a réussi à trouver un appartement mais au vu des prix parisiens, on dormait à 3 dans un 10m² ! Avec du recul, je me rends compte que ça a été des sacrifices mais sur le moment on ne se rendait pas réellement compte, on vivait pour ça ! On se nourrissait de chaque petit succès.

zero-gachis anti-gaspiIl faut prendre l’aspect financier en compte sans non plus lui donner trop d’importance car l’argent on peut le trouver. On a commencé grâce à des emprunts étudiants en mettant 3000€
chacun et on a gagné 20 000€ lors d’un concours, ça nous a permis de tenir pendant deux ans. C’est peut-être ici que la notion de sacrifice est réelle, on n’a pas mal vécu mais on n’avait pas la même vie que tout le monde. Selon moi c’est une question de volonté, et je pense que le premier critère à prendre en compte est le fait de faire à plusieurs. Etre seul peut-être compliqué dans les moments de doute, pour notre part il n’y a jamais eu de fois où il n’y en avait pas au moins un qui était ultra-motivé. Ça permettait de compenser quand les deux autres flanchaient.

J’ai le sentiment de faire quelque chose d’utile

Le travail donne la possibilité de faire de belles choses. J’ai le sentiment de faire quelque chose d’utile, de sensé et de stimulant. Après je pense que ça dépend des motivations de chacun, pour ma part c’est d’apprendre et de faire quelque chose qui ait du sens. Je comprends aussi les gens qui minimisent leur vie pro pour s’investir beaucoup plus dans la vie perso. Je ne suis pas « pro-boulot ». Je pense que chacun peut trouver son épanouissement là où il le veut ; ça peut aussi être un épanouissement total dans le monde associatif, dans les voyages, dans la famille, etc.

Tous les jours j’ai le sourire en allant travailler, parce qu’il y a cet enjeu environnemental qui est énorme, je sais que ce que je fais, je ne le fais pas pour rien ! Aujourd’hui il y a un autre enjeu qui est celui de faire vivre une entreprise puisque l’on est maintenant 14. On est tous dans le même bateau, on rame tous dans le même sens, cette cohésion est superbe. On partage beaucoup avec le collectif, on sait très bien qu’on est beaucoup plus intelligents à 14 qu’à 4 !

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L’équipe Zéro-Gachis

A ce jour, Zéro-Gâchis est présent en France, en Espagne et en Belgique, et sauve chaque année près de 18 millions de produits du gaspillage alimentaire. J’espère que dans 10 ans, l’entreprise aura pris un envol encore plus fort, avec une présence internationale et des services dans d’autres domaines, toujours dans le gaspillage mais pas qu’alimentaire.

De mon côté, j’aimerais voyager un peu plus, je ressens le besoin d’aller voir ce qui se passe ailleurs après ces années entièrement dédiées à Zéro-Gâchis. J’espère aussi avoir un meilleur équilibre entre ma vie pro et perso. Plus tard, j’aimerais avoir pu aider les personnes que j’ai croisées sur ma route et avoir contribué à quelque chose de mieux, me dire que j’ai porté une action positive.