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L’école a un rôle très important dans la socialisation des élèves

Je n’ai jamais eu de problème à l’école. On ne m’a pas poussée à étudier jusqu’à bac + 5, je l’ai fait parce que c’était pour moi la meilleure option et car tant que je pouvais étudier, je continuais !

Pour moi, l’école sert à s’ouvrir, à découvrir le monde qui nous entoure et à nourrir notre cerveau pour développer notre curiosité. L’école a aussi un rôle dans la sociabilisation des élèves, c’est très important. Si l’école n’est pas capable de leur donner confiance en eux, ils peuvent avoir beaucoup plus de mal à se sociabiliser. Le travail en groupe devrait également être davantage présent et dès le plus jeune âge puisque tout au long de notre vie on est amené à collaborer. Je ne parle pas de jouer ensemble mais faire des travaux à plusieurs, s’aider mutuellement sur telle ou telle matière, faire des contrôles en équipe. Pour moi, on n’est rien sans les autres, il n’y a que le collectif qui peut faire grandir et évoluer.

On le voit dans le milieu du travail, la hiérarchie pyramidale a encouragé l’individualisation ; si on veut bien se faire voir auprès de son boss, on ne partage surtout pas aux collègues ! Notre génération se rend compte que ça ne peut pas fonctionner comme ça. Toutes les startups qui se créent changent de modèle, il n’y a plus de hiérarchie verticale. Les gens qui sont en train de changer aujourd’hui sont ceux qui voudront une école différente pour leurs enfants.

Je n’étais pas du tout faite pour les grandes entreprises

Après ma licence, j’ai intégré l’ESC Grenoble et ai réalisé deux stages à Paris dans des grandes boîtes : Coca-Cola et Jones Lang Lasalle (entreprise spécialisée dans le conseil en immobilier d’entreprise). A l’époque, je me disais qu’avoir ces grands noms sur mon CV allait m’être utile pour la suite. Les stages se sont bien passés mais je me suis rendue compte que je n’étais pas du tout faite pour ce genre d’entreprises, c’était trop cadré.

Ensuite, une fois mon diplôme en poche, j’ai travaillé pendant huit mois dans l’entreprise de mon père, une PME dans le secteur de l’immobilier.  La structure m’a beaucoup plus plu mais je savais que ça n’était toujours pas dans l’immobilier que je voulais évoluer !

Les voyages m’ont permis de rencontrer des personnes très inspirantes qui me poussent à avancer

Portait Laura Fibre bio entrepreneuriatJ’ai donc décidé de partir en voyage, je suis partie avec mon sac à dos retrouver ma meilleure amie en Inde. Je ne m’étais pas vraiment fixée de date mais par contre j’avais un budget limité. J’ai fait l’Inde et la Thaïlande avec mon amie, ensuite j’ai continué seule au Cambodge. Un jour, après avoir visité des temples, je suis tombée sur un prospectus d’une ONG, « Build your future today ». Cette ONG œuvre pour sortir des villages qui sont dans l’extrême pauvreté, sans éducation, avec des gros problèmes de malnutrition.  L’ONG va s’occuper d’un village pendant 3 ans, va créer un réseau de chefs de villages, de professeurs, va les aider à se structurer, leur transmettre des bonnes pratiques, aider les gens à se former et à trouver du travail.

J’y ai travaillé bénévolement pendant 6 mois, au début en tant que coordinatrice des volontaires et rapidement je suis devenue assistante du directeur de l’ONG. J’avais en plus la mission de développer l’entreprise sociale qu’ils ont créé en parallèle de l’ONG dont le but était de faire du tourisme responsable en proposant des tours des temples, monastères, et villages accompagnés par l’ONG.

Le fondateur de cette ONG, Sedtha Long, s’est aussi engagé personnellement en adoptant une centaine d’enfants orphelins. En voyageant, j’ai rencontré des personnes très inspirantes qui me poussent à avancer. Ce sont des gens qui ont tout donné pour un projet qui leur tenait à cœur, très souvent pour des projets sociaux. J’aimerais, à leur âge, avoir réalisé autant de belles choses.

J’ai commencé à m’intéresser au textile … et voir l’envers du décor

Je suis finalement rentrée en France en décembre 2014 et en mars 2015 je repartais direction Calcutta pour une mission en VSI (Volontariat de Solidarité International) d’un an pour aider une entreprise sociale qui a également été montée au sein d’une ONG. Il s’agissait d’une pâtisserie d’insertion, pour les jeunes adultes handicapés, qui fabriquait des gâteaux français. J’avais un rôle pluridisciplinaire puisque je m’occupais du management, du développement commercial mais aussi de la partie marketing et communication.

Portait Laura Fibre bio entrepreneuriatAu cours de cette année en Inde et pendant mes précédents voyages en Asie, j’ai commencé à m’intéresser au textile, à la manière dont étaient fabriqués les vêtements. J’ai rencontré des personnes qui travaillaient dans ce milieu et j’ai pu, par leur biais, voir l’envers du décor. J’ai réellement pris conscience que les conditions de travail étaient vraiment mauvaises dans ces pays-là. Ces usines sont celles qui fabriquent nos vêtements, ceux que l’on trouve en magasin, en France. Ça me concernait directement. Et lorsque je lavais mes vêtements à la main c’était terrible car l’eau était colorée ; jaune, bleue, verte. Plus je lavais mes vêtements, plus je culpabilisais de jeter cette eau complètement polluée.

En Inde il n’y a pas de réglementation et puis on vend vraiment pour pas cher donc on ne rajoute pas de produits chimiques pour fixer la couleur. En France, au contraire, on est habitué à ce que la couleur reste mais il faut avoir en tête que si ça ne s’en va pas, c’est parce que c’est encore plus toxique. C’est la même chose pour avoir des vêtements plus doux ; le polyester de la tente Quechua ou de la robe Zara est le même, ça va dépendre du tissage et des produits chimiques utilisés.

J’avais de super produits en main, je ne pouvais pas rentrer en France sans rien en faire

Une semaine avant mon retour en France, avec une amie créatrice, on est allées acheter des tissus et on a découvert des tissus d’une qualité exceptionnelle, complètement naturels, faits avec de la teinture végétale. Je me suis dit que j’avais des super produits en main, que personne n’utilise. Je ne pouvais pas rentrer en France sans rien en faire. Ça répondait à toutes les problématiques éthiques auxquelles j’étais sensible. J’ai alors décidé d’acheter une dizaine de tissus, un mètre de chaque, et je les ai ramenés avec moi en France.

Laura Fibre Bio entrepreneuriat

Laura et Mayank

J’ai créé Fibre Bio avec Mayank, mon associé que j’ai rencontré en Inde. On accompagne les artisans, les créateurs, et les marques qui souhaitent développer une gamme entièrement végétale avec des matières premières 100% écologiques. La teinture végétale est un art qui existe depuis des centaines et des centaines d’années. Normalement c’est une technique artisanale, mais j’ai réussi à trouver en Inde des fournisseurs très rares qui sont capables de faire ces tissus de manière industrielle, ils ont d’ailleurs breveté leur technique.

D’autre part, je commercialise à destination du grand public, des produits d’artisans en fibre naturelle et teinture végétale comme des écharpes, tee-shirts, coussins, etc.

C’est à nous de comprendre que ça n’est pas bien d’acheter pas cher

Pour l’instant je travaille avec des artisans français et indiens mais j’ai pour ambition de travailler avec des artisans du monde, d’autant plus que la teinture végétale est différente d’un pays à un autre, ça n’est pas les mêmes plantes, les nuances de couleurs seront différentes.

La teinture végétale est entre dix et cent fois plus chère que la teinture chimique, et on ne peut pas la faire en aussi grandes quantités. C’est certain que cela revient plus cher mais ça n’est pas si cher pour une telle qualité et c’est aussi à nous de comprendre que ça n’est pas bien d’acheter pas cher car cela veut très souvent dire non-éthique. Je fais très attention à la provenance de mes produits, à connaître tous les fournisseurs de la chaîne car c’est très important pour moi de m’assurer que tout le monde est bien rémunéré.

Je peux développer des choses qui me parlent et me tiennent à cœur

Laura Fibre Bio entrepreneuriatMes deux expériences à l’étranger (au sein de l’ONG au Cambodge et mon VSI en Inde) avaient beaucoup plus de sens que tout ce que j’avais pu faire avant. Après ça, je me suis dit : « J’ai vraiment besoin de trouver un travail qui ait du sens, j’ai besoin d’être fière de ce que je fais ». Ce qui me plaît avec Fibre Bio, c’est d’avoir l’opportunité de développer des choses qui me parlent et me tiennent à cœur. Faire ça parce que ça me touche, parce que j’ai envie de le faire pour moi et non pour quelqu’un d’autre. On doit pouvoir être épanoui dans son travail. Il faut voir le travail comme une activité de vie. C’est très important pour moi d’aimer ce que je fais, parce que je vais le faire tous les jours.

Toutes les tâches me plaisent, il n’y a plus aucune tâche qui est ennuyante parce qu’on fait tout pour soi. Le fichier Excel que j’aurais dû faire quand j’étais salariée me dérange beaucoup moins aujourd’hui car si je passe une journée sur un fichier de gestion de stock, je sais qu’il me sera utile pour la suite. Après, c’est évident qu’il y aura toujours des tâches qu’on aimera moins que d’autres. Ma partie préférée est lorsque je travaille avec les artisans-créateurs, j’ai envie de les accompagner car je sais que ce n’est pas facile de faire confiance à ce type de produit qui est nouveau pour eux. Je veux les aider et voir leur collection évoluer.

Dans les moments de doute, revenir au « pourquoi je le fais »

Le conseil que je peux donner à ceux qui souhaiteraient entreprendre, c’est de ne pas sauter dans la gueule du loup trop rapidement. Il faut se poser les bonnes questions, ne pas hésiter à demander conseil auprès des gens qui travaillent dans le domaine. Il faut tester son marché, ne pas vouloir à tout prix faire les choses trop bien, mais se réajuster avec les retours des gens et adapter sa stratégie en fonction.

Quand on veut créer sa boîte, on peut partir avec pas grand chose mais il faut avoir un peu d’argent de côté, il faut aller voir sa famille, penser au crowdfunding et quand on a fait quelques ventes et démontré que le produit ou service plaît, aller voir les banques. Alors oui, c’est sûr, j’ai dû faire des sacrifices puisqu’il a fallu que je retourne vivre chez mes parents, et comme j’ai lancé l’entreprise en décembre, pour l’instant je n’ai pas de salaire. Je fais un peu l’impasse sur ma vie personnelle en ce moment, le temps que l’entreprise démarre bien.

Dans les moments de doute, je prends du recul et quand je regarde le chemin parcouru et que je reviens au « pourquoi je le fais », ça me fait du bien à chaque fois. C’est ce « pourquoi » qui m’a donné envie d’entreprendre.

Dans les années à venir, lorsque Fibre Bio sera bien établi, j’aimerais voyager à la rencontre d’autres artisans du monde pour développer la teinture végétale. J’ai pour ambition également de créer une fondation en Inde, toujours dans le secteur du textile, pour aider les femmes à trouver un emploi en développant l’artisanat Indien. L’idée serait d’intervenir sur toute la filière et de pouvoir, in fine, créer un produit qui soit fait de A à Z par des gens que l’on connaît et donc de s’assurer de la qualité des produits et des conditions de travail de chaque partie prenante.Laura Fibre Bio entrepreneuriat