Portrait Eliott

« Si on juge un poisson sur sa capacité à grimper à un arbre, il passera sa vie à croire qu’il est stupide »

Quand j’étais jeune, j’étais très turbulent, j’étais de ceux qui bavardent beaucoup en classe, toujours prêt à faire des conneries mais j’avais la chance d’être un bon élève ! J’en jouais beaucoup parce que je savais que les profs ne pouvaient pas m’accabler ! Comme je ne faisais pas grand-chose en cours, certains profs me disaient que je n’aurai jamais mon bac. Mais quand il fallait bosser, je bossais, alors je l’ai eu, avec mention bien même ! Je suis retourné voir mes anciens profs en leur montrant mon diplôme, c’était une petite fierté !

Ce que je trouve dommage est que l’école oblige tous les élèves à apprendre les mêmes matières alors que les gens sont différents les uns des autres, chacun a ses propres centres d’intérêt. Il y a une citation d’Einstein qui résume bien cette logique : « Tout le monde est un génie. Mais si on juge un poisson sur sa capacité à grimper à un arbre, il passera sa vie à croire qu’il est stupide. » Les personnes ont des intelligences différentes qui sont plus prises en compte à partir des études supérieures où chacun peut choisir sa voie, et c’est là que les gens se révèlent.

Pour moi le modèle français n’y est toujours pas si l’on compare avec ce qui se fait ailleurs, notamment dans les pays nordiques. La Finlande est en train de mettre en place des cours où l’on mélange des matières comme les maths et l’histoire par exemple pour les rendre plus attractifs et apprendre des choses de manière plus concrète. Autre chose que je trouve absolument dommage : tout ce qui est code et développement web. C’est l’avenir de demain, si on a une idée et qu’on est capable de la développer en créant un site internet, on peut ensuite vivre de son projet. C’est une compétence que j’aurais aimé apprendre et que je regrette, je m’y suis formé moi-même parce que je n’ai pas eu le choix, je travaille avec des développeurs. C’est une compétence indispensable aujourd’hui à mon sens.

Steve Jobs et Elon Musk

Deux personnes m’inspirent énormément : Steve Jobs et Elon Musk, deux visionnaires ! J’ai lu pas mal de biographies sur Steve Jobs, je regardais toutes ses conférences, il a un parcours et une capacité à rebondir face à l’échec qui forcent le respect. Encore aujourd’hui même s’il n’est plus de ce monde, je reste très inspiré par cet homme. J’admire aussi Elon Musk pour ce qu’il a fait et pour sa vision. Il est directeur de Tesla (constructeur de voitures électriques), président de SolarCity (fabricant et installateur de panneaux solaires), et il a pour projet de monter l’Hyperloop, le train à super grande vitesse. Il paie encore un crédit pour sa maison alors qu’il pourrait largement le rembourser mais il croit tellement en ses projets qu’il préfère réinvestir ce qu’il gagne plutôt que de rembourser sa maison !

On a décidé d’arrêter nos études et de se consacrer à ce projet

Pendant longtemps j’ai voulu être architecte. La première fois que j’ai pu vraiment mettre un pied dans ce domaine c’était pendant mon stage de 3ème que j’ai fait dans un cabinet d’architecte à Guérande mais ça ne m’a pas plu du tout ! Je pensais que le métier d’architecte était beaucoup plus sur le terrain alors que là j’ai passé 3 mois à faire des

kadran - Eliott et Alexandre

Alexandre et Eliott

plans dans un bureau. Ensuite j’ai voulu faire trader, c’est d’ailleurs pour ça que j’ai intégré l’ISEG finance school à Nantes.

J’ai fait 3 ans dans cette école. Normalement j’avais signé pour en faire 4 dans les bureaux de Nantes et faire la dernière année à Paris, sauf qu’au bout de la 3ème année, l’école a dû fermer ses bureaux nantais. A cette époque j’avais déjà commencé à travailler sur un projet d’entreprise, alors avec un ami, Alexandre, on a décidé d’arrêter et de se consacrer à ce projet.

Ce projet est devenu une entreprise en février 2016, Kadran, que l’on a créée avec Dominique, qui est dans l’immobilier depuis 20 ans. C’est lui qui nous a parlé du concept des enchères immobilières. Aujourd’hui l’équipe a grandi ; on est sept.

Kadran est un site d’enchères interactives pour l’immobilier, c’est un peu comme un eBay de l’immobilier ! Pour l’instant c’est de l’immobilier neuf car les promoteurs ont un gros problème de commercialisation de leurs logements, ils mettent entre 13 et 18 mois pour vendre l’intégralité d’un programme. Notre service permet de créer un évènement, d’attirer du monde et donc de planifier les ventes pour le promoteur. Pour une même enchère, les acheteurs potentiels se connectent tous à la même date, à la même heure, c’est vraiment quelque chose d’interactif et de transparent parce que les acheteurs voient toutes les offres du même bien. Les acheteurs achètent entre -5 et -15% par rapport au prix classique. Et l’intérêt des programmes neufs est que se sont surtout des investisseurs qui achètent et qui sont donc plus sensibles à ce « jeu d’investissement » que si c’est un particulier qui fait son premier achat, qui a besoin de temps de réflexion…

Passer un bon moment et construire son réseau

Les dîners d'un soirParallèlement, je m’occupe aussi d’une association que j’ai créé pendant mes années d’études avec deux amis, Alexandre et Jean-Baptiste : Les dîners d’un soir. On avait pas mal de conférences et d’intervenants extérieurs qui venaient à l’école, et très souvent à la fin de la conférence c’était la cohue. Tout le monde donnait sa carte de visite mais c’était compliqué de parler plus d’une minute, et l’intervenant ne peut pas le lendemain se rappeler de tout le monde. C’est là qu’on s’est dit que ça serait sympa d’organiser des rencontres en petit comité avec maximum dix personnes, et comme on aime bien la bonne bouffe on s’est dit pourquoi pas faire des dîners ! Au début on a fait ça avec des intervenants de l’école qui avaient des profils très intéressants : géopoliticien, philosophe, anthropologue, homme politique… Maintenant on le fait avec des personnes locales assez influentes et notamment avec des startupers à raison d’au moins un dîner par mois mais dernièrement on a aussi invité des personnalités politiques comme la maire de Nantes.

L’intérêt est de se créer un réseau ce qui peut parfois être difficile lorsque l’on est étudiant, et ça fonctionne puisque certains participants ont trouvé un stage grâce à nos dîners. Jusqu’ici on s’adressait surtout aux étudiants, maintenant on va également cibler les professionnels pour faire des dîners par secteur d’activité. Aujourd’hui cette activité ne nous permet pas de faire du profit car les 35€ demandés par participant nous servent à payer le traiteur et la part de l’intervenant. L’idée est vraiment de passer un bon moment et de construire son réseau. L’association est ouverte, toute personne qui souhaite organiser un dîner dans sa ville est la bienvenue, on est d’ailleurs en train de développer le concept à Paris et Bordeaux, et on espère dans d’autres villes prochainement !

Les dîners d'un soir

J’ai appris beaucoup plus en un an et demi en créant ma boîte que ce que j’aurais pu apprendre en cinq ans d’école

Ce que j’aime dans mon job c’est qu’on ne fait jamais la même chose, chaque jour est différent. Je n’ai aucun regret d’avoir fait ce choix, je ne me vois pas autre part qu’ici. Même si aujourd’hui techniquement je n’ai pas de diplôme, je me dis que ce n’est pas forcément le diplôme qui fait la différence, surtout quand on veut créer sa boîte ! Et honnêtement je suis certain que j’ai appris beaucoup plus en un an et demi, en créant ma boîte, que ce que j’aurais pu apprendre en cinq ans d’école.

Aujourd’hui je sais exactement pourquoi je me lève le matin. Si je m’investis dans la création de mon entreprise, je sais que c’est complètement pour moi. Que ça marche ou pas, je sais que ça sera grâce à moi ou au contraire de ma faute. Je préfère mettre mon énergie dans quelque chose qui me servira personnellement. Chez Kadran il n’y a pas vraiment de hiérarchie à proprement parler, on est vraiment une équipe, on a chacun des postes distincts mais on sait qu’on avance tous vers le même objectif. On est tous associés donc si demain ça fonctionne tout le monde en profitera !

Comme une drogue

Je ne pense pas que je passerai par la case salariat plus tard. Une fois qu’on a créé une boîte c’est un peu comme une drogue ; « Si je ne suis plus dans celle-là, il faut que j’en crée une autre ! » On a déjà d’autres idées avec Alexandre et je pense qu’on est un duo qui fonctionne bien donc je me vois bien créer d’autres boîtes à côté. Soit des choses qui soient complémentaires de Kadran, soit s’investir davantage dans Les dîners en transformant l’association en entreprise, ou développer d’autres idées.

Il y a une idée qui me tient toujours à cœur, je l’avais développée avec deux amis au cours d’un programme étudiant dont on a été lauréats. On avait tous les trois des crédits étudiants et l’idée était de créer une sorte de fondation à l’ISEG. En regardant ce qui se faisait ailleurs, surtout aux Etats-Unis, on est tombés sur quelqu’un qui propose de financer les études des étudiants. Ils ne remboursent que lorsqu’ils ont trouvé un travail, avec un pourcentage de leur salaire. Ça évite d’avoir le poids de la dette sur soi et c’est un cercle vertueux car la personne qui finance l’étudiant va potentiellement tout faire pour que cet étudiant trouve du travail pour s’assurer d’être remboursé.

On a bossé sur ce projet pendant 6 mois mais on nous a fait redescendre sur terre ; en France il faut être un établissement de crédit pour faire du prêt et de l’investissement, et il faut surtout 1,2 millions d’euros d’apport ! Pour l’instant cette idée n’a pas abouti mais elle est encore dans les tiroirs. J’aimerais bien la concrétiser plus tard quand on aura un peu gagné notre vie !