Portrait Johanna

L’école de la vie : apprendre la vie et pas juste la théorie

J’ai longtemps voulu être archéologue, égyptologue précisément. J’ai toujours rêvé de faire plein d’activités d’aventures. Petite, j’étais inspirée par les héroïnes qui partaient explorer et découvrir des mystères en mode Indiana Jones ! Pendant mon temps libre j’aimais bien cuisiner et partir en expédition avec mon père pour détecter les métaux. On récupérait des plans pour étudier les vieilles rues, on allait repérer le site de jour et la nuit on se barbouillait la figure et on partait détecter les métaux ! On allait plonger aussi, j’adorais aller voir des épaves de bateaux !

A l’école, ma matière préférée était l’anglais. Pour moi l’école c’est aussi l’école de la vie ; apprendre la vie et pas juste la théorie. Apprendre à être débrouillard tout simplement ! Parfois il y a des gens qui sortent d’études, ils ont beau avoir un bac +5 ou +8 mais ils ont des lacunes dans la vie quotidienne pour des choses toutes simples. Il y a pas mal de mes clients qui sont hallucinés de ce qu’apprennent leurs enfants à l’école, certains les ont retirés et font l’école à la maison. Ils me disent qu’ils apprennent beaucoup plus de choses concrètes et utiles avec eux par exemple en calculant les proportions en cuisine ou en allant se balader.

Pour moi, l’école devrait remettre des cours de couture, de jardinage, de cuisine, de réparation comme apprendre à réparer un vélo par exemple ou savoir faire une compote. Notre génération est déjà pas mal impactée, mais pour celle à venir… avec les plats préparés ils ne sauront pas d’où ça vient, comment ça pousse, si ça a besoin d’être cuit, cru, coupé. On a arrêté d’être manuel, surtout dans les grandes villes, on est moins débrouillard qu’avant, et à l’école, le côté manuel ne devrait pas se limiter à l’art plastique. Pour moi il y a aussi trop de théorie, c’est bien mais il faudrait appliquer les maths à des choses concrètes, parce que Pythagore, j’en ai bavé au collège, et j’ai toujours pas compris à quoi ça sert !

On m’a proposé un CDI que j’ai encore une fois refusé

Portrait JohannaAprès le bac j’ai fait une licence très généraliste puis un master en marketing des services en alternance dans une boîte de conseil et accompagnement d’entreprises innovantes. Le 1er projet sur lequel j’ai travaillé était celui d’une nana qui avait juste un an de plus que moi, on voyait bien qu’elle savait ce qu’elle voulait, je me disais « Whaou, elle a 23 ans, elle a monté sa boîte ! », ça me faisait rêver ! A la fin de l’alternance ils m’ont proposé un CDI que j’ai refusé. J’adorais l’innovation, j’adorais les projets sur lesquels on travaillait mais j’avais besoin d’être plus impliquée dans les projets, pas juste étudier les projets des autres. Donc j’ai refusé sans savoir ce que j’allais trouver après.

J’ai pas mal galéré ; j’ai d’abord bossé en plateforme d’appel, à faire 300 appels par jours pour vendre des assurances dont j’en avais rien à faire ; j’ai travaillé un mois gratuitement pour une boîte qui me plaisait énormément qui sortait une application pour développer des spots Green à Nantes ; j’ai trouvé un job dans une start-up pendant 6 mois ; puis chômage ; finalement, j’ai été prise pour faire du marketing dans un cabinet de conseil en Ressources Humaines pendant 6 mois. On m’a proposé un CDI par la suite que j’ai encore une fois refusé ! Ma sœur me disait « Jo, t’es pas un peu folle ? » Mais non, ce n’est pas ça que j’avais envie de faire, et puis j’avais déjà commencé à travailler sur un projet de création d’entreprise.

Je n’avais pas envie de rentrer dans les modèles classiques

Y’a pas eu un déclic, mais pleins de petits déclics ! A cette époque beaucoup de mes amis avaient un CDI,  un appart et commençaient à vouloir des enfants et j’avais l’impression que ça allait bientôt être mon tour alors que je n’étais tellement pas à ce stade, je n’avais pas envie d’entrer dans les modèles classiques. Je savais aussi qu’un jour je voudrais créer ma boîte, j’y avais déjà pensé pour organiser des baby showers mais au fond ça n’était pas moi et je n’avais pas d’enfant donc je ne me sentais pas légitime.

Portrait JohannaEt puis il y a le cheminement personnel ; j’ai fait des rencontres qui étaient déjà dans cette démarche de réduction des déchets et ça m’a intéressé ; il y a eu l’asso Disco Soupe (association qui lutte contre le gaspillage alimentaire en organisant des événements festifs et musicaux) qui m’a fait me rendre compte de tout ce qu’on jette au supermarché ; j’ai aussi été très inspirée par le livre de Béa Johnson. Tout ça a commencé à impacter mon quotidien, à chaque fois que je jetais quelque chose à la poubelle, ça m’énervait, alors j’ai commencé à acheter des bocaux pour mettre mes aliments dedans. Et je me disais « On ne se rend pas compte, on va tous sans réfléchir au supermarché parce que ça n’est que ce qu’on connait, ce qu’on est habitué à faire. Personne ne prend du recul sur ces choses-là », certains de mes proches ne me comprenaient pas, me disaient d’arrêter de me poser trop de questions.

C’était devenu une évidence

Portrait JohannaPortait JohannaJ’ai donc créé en Juillet 2016 avec mon associée, Ô Bocal, une boutique nantaise sans emballage de produits bio où l’on privilégie les produits locaux. C’était devenu une évidence, c’était le lien entre toutes ces réflexions, ça avait tous les sens que je voulais finalement. C’était logique, logique pour moi de créer cette boîte et je voulais aussi que ça devienne logique pour les autres de consommer de cette manière, et c’est en train de le devenir ! C’est aussi un espace qui a vocation à devenir un lieu de référence et de sensibilisation pour une consommation plus responsable et réfléchie mais pas que, on souhaite aussi accueillir des conférences sur d’autres thèmes comme la mode, l’éducation…

Ce que j’aime dans ce job avant tout c’est le contact avec les gens et aussi leur faire connaître des choses qu’ils ne connaissent pas, et ça, je trouve ça génial ! On parle de choses simples, du quotidien et j’aime bien leur transmettre des petites idées à appliquer dans leur vie de tous les jours. Ça me fait plaisir de voir d’autres personnes faire le même cheminement que moi. J’aime bien aussi être en direct avec les producteurs, ça me fait rire parce que souvent ils pensent que je suis la petite citadine nantaise qui ne connaît pas grand-chose à l’agriculture, mais ce qu’ils ne savent pas, c’est que tu me demandes de conduire un tracteur, je sais le faire !

Le travail ce n’est pas qu’un salaire à la fin du mois

Portrait JohannaA côté de ça, c’est vrai que je travaille beaucoup, entre 12 et 14 heures par jour, et encore je trouve que c’est trop court pour tout ce que j’ai à faire et ce que j’ai envie de faire surtout ! Mais j’ai toujours beaucoup travaillé, entre les assos, mon engagement pendant 5 ans en tant que pompier volontaire, mes différents jobs… Maintenant même si je travaille beaucoup, je sais pour qui et pour quoi je le fais !

Avant je travaillais parce qu’il fallait que je mange, il fallait que je trouve un travail pour faire comme tout le monde, on ne réfléchit même plus ! On cherche un travail, on cherche, on cherche… oui mais tu cherches quoi en fait ? Ah ben je ne sais plus ! D’ailleurs je m’étais dit que si je ne trouvais pas de travail qui me plaisait vraiment, je partirais voyager ! Je plaquerais tout ! Je crois que j’aime bien ne rien faire comme tout le monde !

Pour moi c’est important de se sentir bien au boulot et quand il m’est arrivé dans mes anciennes expériences de n’être pas heureuse et épanouie, et de m’en plaindre, certaines personnes me disaient « Il y en a plein qui sont dans le même cas que toi ! » Sauf que si je ne suis pas bien au boulot, je ne suis pas bien dans ma vie perso et inversement. On passe quand même beaucoup de temps au travail, donc c’est important de se sentir bien. Pour moi le travail ce n’est pas qu’un salaire à la fin du mois, ça sert à avancer, à se rendre utile, à donner du sens globalement à sa vie, à ses journées. Aujourd’hui je suis plus heureuse qu’avant, puissance 100 ! Je pense être totalement épanouie.

Il ne faut pas avoir de regretsPortrait Johanna

Si j’avais un conseil à donner à ceux qui voudraient créer leur boîte ça serait d’être persévérant. Il ne faut pas avoir de regrets, alors on essaie ! Pour ma boutique c’est ce que j’ai fait, je me disais « J’essaie, si ça marche tant mieux, si ça ne marche pas tant pis, de toute façon je n’ai rien à perdre ! » Il ne faut pas avoir peur !

Dans 10 ans, j’aimerais bien être en train de chercher des nouveaux produits au fin fond de
l’Amazonie ! Explorer l’inexploré ! Aller voir ce qui n’a pas été fait, ou vu, m’intéresser aux thématiques non traitées. J’aimerais pouvoir dire plus tard que j’ai été une femme épanouie, que j’ai fait ce que j’avais envie de faire sans me sentir bloquée par quelqu’un ou quelque chose, que j’ai été quelqu’un de libre. J’aimerais d’une manière ou d’une autre avoir fait avancer les choses. Je veux avoir été utile. J’aimerais pouvoir me dire « A 25 ans j’ai créé ma boîte, et y’en a eu des tonnes après. A 30 ans j’ai fait une chose que personne n’avait encore fait, et ça a inspiré d’autres personnes des années plus tard ». Inspirer, voilà, ça serait magnifique de pouvoir se dire ça.